Sept mois. C’est le temps qu’a mis ma mère à toucher sa première pension de réversion, après le décès de mon père en 2022. Sept mois sans ce revenu qu’elle aurait pourtant pu demander dès le lendemain de l’enterrement. Depuis, j’ai accompagné plusieurs veuves sur ce dossier. Ce que j’ai appris tient en trois idées : les règles diffèrent selon le régime (CNAV, Agirc-Arrco, fonction publique), la demande unique existe depuis 2020 (un seul dossier pour tous les régimes du défunt), et le plafond de ressources surprend tout le monde — il ne regarde QUE la CNAV, pas la complémentaire.
Ce guide couvre tout ce qu’il faut savoir en 2026 : qui peut prétendre, comment on calcule, quelles démarches engager, quand on perd le droit. Chiffres officiels cités sur service-public.fr, actualisés à avril 2026.
1. Qu’est-ce que la pension de réversion ?
La pension de réversion est la part de la retraite du défunt reversée à son conjoint (ou ex-conjoint, parfois à ses enfants orphelins). C’est un droit prévu par la loi, versé par les caisses de retraite du défunt — pas une assurance-vie ni un versement automatique.
Trois points essentiels à connaître avant de continuer :
- Le défunt devait avoir cotisé à un régime de retraite de base (CNAV, fonction publique, MSA, régime agricole, indépendants). C’est la pension qu’il touchait — ou qu’il aurait touchée — qui sert de base au calcul.
- Il existe une demande unique nationale via info-retraite.fr : un seul dossier pour tous les régimes du défunt, déposé une seule fois.
- La réversion n’est pas automatique. Il faut en faire la demande. Elle ne prend effet qu’à partir du premier jour du mois qui suit la demande — pas la date du décès. D’où l’intérêt de déposer vite.
2. Qui peut prétendre à la pension de réversion en 2026
Les conditions varient selon le régime du défunt. Voici les quatre principaux.
CNAV (régime général — salariés du privé)
- Être marié(e) ou ex-marié(e) avec le défunt. Les personnes pacsées ou en concubinage n’ont aucun droit, même après 30 ans de vie commune. C’est une règle dure, source d’incompréhension régulière.
- Avoir 55 ans minimum. Avant cet âge, la demande est rejetée d’office (sauf rares exceptions pour les invalides avant 51 ans).
- Ne pas dépasser le plafond de ressources :
- 25 001,60 € bruts annuels si vous vivez seul(e)
- 40 002,56 € bruts annuels si vous vivez en couple (remarié, pacsé, concubin)
- (Barème officiel CNAV 2026, actualisé chaque 1er janvier — source : legislation.cnav.fr.)
- Pas de condition de durée de mariage — même 1 an de mariage donne droit.
- Si le défunt a été marié plusieurs fois, la pension est partagée entre les conjoints survivants au prorata des années de mariage respectives.
Agirc-Arrco (complémentaire obligatoire du privé)
- Être marié (non remarié). Le remariage entraîne la perte définitive du droit Agirc-Arrco (contrairement à la CNAV).
- Avoir 55 ans minimum — sauf si vous avez 2 enfants à charge (droit immédiat) ou si vous êtes invalide.
- Pas de condition de ressources. C’est la grande différence avec la CNAV.
- Durée de mariage : aucune exigence.
- Taux appliqué : 60 % de la pension Agirc-Arrco du défunt (détails plus bas).
Fonction publique (civile et militaire)
- Être marié (non remarié, non pacsé, non concubin).
- Pas d’âge minimum — même à 30 ans, on peut toucher une pension de réversion de la fonction publique.
- Pas de condition de ressources.
- Durée de mariage : au moins 4 ans avant le décès, OU 2 ans avant la mise à la retraite, OU avoir eu un enfant du mariage.
- Taux : 50 % de la pension du défunt + majorations éventuelles (enfants à charge).
Indépendants, artisans, professions libérales
Les règles dépendent du régime : SSI (Sécurité sociale des indépendants, ex-RSI) pour artisans et commerçants, CNAVPL et ses sections (CARPV, CARPIMKO, CNBF, etc.) pour les professions libérales, MSA pour les exploitants agricoles. Dans tous ces régimes :
- Être marié (non remarié).
- Conditions d’âge et de ressources alignées sur la CNAV pour le régime de base (55 ans + plafond 25 001,60 € — barème 2026).
- La complémentaire indépendante appliquant des règles propres (souvent 60 % sans condition de ressources).
Pour identifier les régimes concernés par le défunt, le plus simple est de consulter son relevé de carrière sur info-retraite.fr.
3. Calcul du montant de la pension de réversion
Taux par régime
| Régime | Taux | Condition de ressources |
|---|---|---|
| CNAV (régime général) | 54 % | Oui (25 001,60 € / 40 002,56 €) |
| Agirc-Arrco (complémentaire privée) | 60 % | Non |
| Fonction publique | 50 % | Non |
| Indépendants (base) | 54 % | Oui (alignée CNAV) |
| MSA exploitants | 54 % (base) + 60 % (complémentaire) | Oui sur la base |
Ces taux s’appliquent à la pension que le défunt touchait (ou à la pension qu’il aurait touchée s’il était décédé avant son départ en retraite). Les majorations pour enfants élevés (10 % si trois enfants ou plus, par exemple) s’ajoutent dans certains cas — voir plus bas.
Exemple chiffré
Monsieur X a touché une retraite CNAV de 1 800 € par mois + une complémentaire Agirc-Arrco de 600 € par mois. Il décède. Madame X, 68 ans, veuve, vit seule, avec 1 500 € de revenus annuels autres que la réversion.
- Réversion CNAV = 54 % × 1 800 € = 972 € par mois.
- Réversion Agirc-Arrco = 60 % × 600 € = 360 € par mois.
- Total réversion brute = 1 332 € par mois (avant application des plafonds).
La CNAV vérifie ensuite les ressources : (972 + 1 500 × 12 / 12) × 12 = 14 664 € annuels. C’est en dessous du plafond 2026 de 25 001,60 € : pas de réduction. Madame X perçoit bien les 972 € CNAV + 360 € Agirc-Arrco = 1 332 € par mois au total.
Si elle avait touché d’autres revenus qui amenaient son total à dépasser le plafond, la réversion CNAV aurait été réduite — mais JAMAIS la réversion Agirc-Arrco, qui n’est pas soumise au plafond.
Pour un calcul adapté à votre situation, utilisez notre simulateur pension de réversion.
Plafond de ressources CNAV — les détails qui surprennent
La CNAV évalue les ressources sur les 3 derniers mois civils avant la date d’effet. Si elles dépassent un quart du plafond annuel, elle repart sur les 12 derniers mois. Sont prises en compte :
- Les salaires et pensions du demandeur
- Les revenus du capital (loyers, intérêts)
- Les revenus du conjoint si vous vivez en couple
Sont exclues :
- La réversion du défunt elle-même
- Les allocations familiales
- La valeur du logement principal et ses meubles
- Les biens reçus en héritage du défunt
Source officielle : service-public.fr et info-retraite.fr.
Minimum de pension CNAV
Si le défunt avait au moins 60 trimestres d’assurance CNAV, la pension de réversion ne peut pas descendre sous un minimum annuel (environ 333 € par mois en 2025-2026, actualisé chaque année). En dessous de 60 trimestres, le montant est proratisé.
4. Démarches : comment demander une pension de réversion
Les 4 étapes
- Collecter les pièces justificatives (voir liste ci-dessous).
- Remplir une demande unique sur info-retraite.fr (formulaire en ligne depuis 2020) ou en version papier (formulaire Cerfa 13364*02). Une seule demande pour tous les régimes du défunt.
- Envoyer le dossier à la caisse de retraite principale du défunt — qui le transmet automatiquement aux autres régimes (Agirc-Arrco, fonction publique, MSA, SSI, etc.).
- Attendre la notification (comptez 4 à 7 mois entre le dépôt et le premier versement, selon la complexité du dossier).
Pièces justificatives à joindre
- Copie intégrale de l’acte de décès du défunt (voir notre guide acte de décès : comment l’obtenir)
- Livret de famille à jour
- Pour le demandeur : pièce d’identité + justificatif de domicile + RIB
- Pour la condition de ressources (CNAV uniquement) : avis d’imposition des 2 dernières années + 3 derniers bulletins de salaire ou pension si applicable
- Si remariage : attestation sur l’honneur de non-remariage
- Si mariage dissous par divorce : copie intégrale du jugement de divorce
Délais légaux et prise d’effet
- Dépôt possible dès le lendemain du décès. Il n’y a pas de « délai de décence » imposé.
- La pension prend effet le 1er jour du mois suivant la demande (ou au plus tôt le 1er jour du mois suivant le décès si demande dans le mois).
- Si vous déposez tardivement (plus de 12 mois après le décès), la caisse peut limiter la rétroactivité à 12 mois. Vous perdez tout ce qui précède.
C’est pour ça que je répète inlassablement aux aidants : ne pas attendre le règlement de la succession pour déposer la demande de réversion. Les deux démarches sont totalement indépendantes.
5. Cumul avec une retraite personnelle
La pension de réversion est cumulable avec votre propre retraite — mais avec deux nuances.
Si vous touchez votre propre retraite CNAV (régime général), elle entre dans le calcul des ressources pour la réversion CNAV. Si le total dépasse 25 001,60 € par an, la réversion CNAV est réduite à due concurrence. Plus votre retraite personnelle est haute, plus la réversion CNAV fond.
En revanche, votre retraite personnelle ne réduit jamais :
- La réversion Agirc-Arrco (complémentaire privée, sans plafond)
- La réversion fonction publique (sans plafond)
- Les majorations éventuelles (enfants, invalidité)
C’est une règle asymétrique qui surprend souvent : deux veuves avec la même pension du défunt peuvent toucher des montants très différents, selon que leurs ressources personnelles les font dépasser le plafond CNAV ou non.
6. Perte du droit à la pension de réversion
Remariage, PACS, concubinage
Les règles diffèrent fortement selon le régime :
- CNAV (régime général) : le remariage, le PACS ou le concubinage sont considérés comme « vie de couple » et font passer au plafond ressources « couple » (40 002,56 € au lieu de 25 001,60 €) — barème 2026. La réversion CNAV peut donc être maintenue (réduite ou non selon les ressources cumulées), mais pas supprimée.
- Agirc-Arrco : le remariage supprime définitivement le droit à la réversion. Le PACS et le concubinage ne la suppriment pas officiellement mais peuvent la geler selon l’accord partenaires.
- Fonction publique : le remariage, le PACS ou le concubinage notoire suppriment le droit. Si l’union ultérieure se dissout (divorce, décès du nouveau conjoint), le droit peut être rétabli sur demande.
Ces différences expliquent pourquoi il faut déclarer tout changement de situation à vos caisses de retraite sans attendre. Une omission volontaire peut entraîner un remboursement des sommes indues et des pénalités.
Réversion orpheline et pensions pour enfants
Dans certains régimes (notamment fonction publique), les enfants mineurs ou étudiants du défunt peuvent percevoir une pension temporaire d’orphelin. En cas d’absence de conjoint survivant, les enfants peuvent recevoir la réversion à parts égales jusqu’à 21 ans (parfois 25 ans si études supérieures).
FAQ — les questions qui reviennent le plus
La pension de réversion est-elle imposable ? Oui. Elle est imposée dans la catégorie « pensions, retraites et rentes » de votre déclaration de revenus, avec application de l’abattement de 10 % comme pour toute retraite.
Peut-on toucher une réversion si on était seulement pacsé(e) ? Non. Aucun régime français n’ouvre droit à réversion pour un partenaire pacsé. Seul le mariage donne droit à la réversion.
Et si on était divorcé(e) ? On peut prétendre à la réversion à condition de ne pas s’être remarié(e) (règle Agirc-Arrco + fonction publique notamment). La réversion est calculée au prorata des années de mariage par rapport à la durée totale d’assurance du défunt.
Combien de temps met le premier versement ? En moyenne 4 à 7 mois entre le dépôt et le premier virement. Certains dossiers simples (régime général uniquement, sans plafond à vérifier) peuvent aboutir en 3 mois.
Peut-on toucher la réversion si le défunt n’avait pas liquidé sa retraite ? Oui. La pension de réversion est calculée sur la pension que le défunt aurait touchée s’il avait liquidé sa retraite à la date de son décès. Les caisses reconstituent sa carrière.
Y a-t-il un montant plancher en fonction publique ? La pension de réversion de la fonction publique ne peut être inférieure à 50 % du minimum garanti applicable au défunt, ce qui correspond à un montant plancher revalorisé chaque année (source : code des pensions civiles et militaires, articles L38 à L46).
Peut-on refuser une pension de réversion pour des raisons fiscales ? Oui, mais c’est rare. Renoncer prive définitivement du droit. Dans la grande majorité des cas, même imposée, la réversion augmente le revenu net disponible.
Faut-il un avocat ? Non. Les démarches se font directement auprès des caisses via info-retraite.fr. Un avocat n’est utile qu’en cas de contestation (rejet, refus de rétroactivité). Un notaire peut être consulté si la réversion s’articule avec une succession complexe (plusieurs mariages, biens à l’étranger).
En résumé — les 5 choses à retenir
- La réversion n’est jamais automatique : il faut en faire la demande, au plus vite après le décès.
- Mariage obligatoire pour tous les régimes (ni PACS ni concubinage).
- Taux variables : 54 % CNAV, 60 % Agirc-Arrco, 50 % fonction publique.
- Plafond de ressources uniquement pour la CNAV (25 001,60 € seul / 40 002,56 € couple) — barème 2026.
- Demande unique nationale via info-retraite.fr — un seul dossier pour tous les régimes du défunt.
Pour votre cas personnel, commencez par notre simulateur (à venir) qui croise les règles des 3 régimes principaux. Pour les démarches post-décès au-delà de la réversion (succession, déclaration CAF, résiliation assurances), voir notre guide complet acte de décès. Et pour la couverture santé complémentaire après le décès de votre conjoint, jetez un œil au comparateur mutuelle senior — les contrats groupe employeur se résilient parfois au décès et il faut souscrire en individuel.
À propos de l’auteure
Céline Rouvière est aidante familiale depuis 2022, ex-chargée de mission parcours aidants dans une association lyonnaise. Elle a accompagné plusieurs dizaines d’aidants sur leurs démarches APA, MDPH et successorales entre 2023 et 2024. En savoir plus sur son parcours sur la page À propos.
Céline n’est ni médecin, ni notaire, ni conseillère fiscale. Ce guide est informatif et sourcé aux références officielles citées ci-dessus. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel qualifié (notaire, conseiller juridique). Les montants et plafonds cités sont ceux en vigueur à la date de dernière mise à jour de l’article — vérifiez sur les sources officielles (service-public.fr, info-retraite.fr) pour toute mise à jour ultérieure.